08 – L’ Avro Lancaster

Cap Kirmington
Le ciel

L’Avro Lancaster britannique a atteint les confins de l’Allemagne, de la Suisse et de la France. L’Officier Cooper, d’un appui mesuré du pied droit sur le palonnier, oriente la gouverne de direction ; synchronisant cette manœuvre avec une poussée sur le manche, le mouvement inversé des ailerons incline doucement les ailes de l’avion. Sur le tableau de bord, « la bille », simple sphère de métal enfermée dans un cylindre de verre disposé horizontalement, se place pile sur le repère central, indiquant le maintien du centre de gravité : virage parfait. Cap 323°, celui du retour. Celui de la quiétude qui revient après l’inquiétude de l’aller. Le vol a retrouvé son rythme de croisière : le « badin » (anémomètre) oscille autour de 200 miles à l’heure.

Faisant corps avec la machine, les sept jeunes hommes sentent leur corps s’alourdir de la tension dont s’allège leur mental. L’étirement de l’action laisse à chacun de petits espaces pour penser, pour rêver, qui à sa famille, qui à sa fiancée, qui à un bon repas pris entre amis. Quelques plaisanteries fusent, même si l’onde sonore des voix est immédiatement reprise par le bruit ambiant. Pour être plus libres de leurs mouvements, ils ne portent pas de parachute. C’est une habitude dans la R.A.F. ; ils ne le mettent que quand il faut évacuer les lieux.

Le ciel leur appartient. Face à eux, à environ 58° sur leur gauche, un croissant de lune semble suspendu sur l’horizon. Sa lumière traversant, sous cet angle, une épaisse couche d’atmosphère, la lune leur apparaît grossie et d’une belle couleur d’orange sanguine. Excepté quelques ombres fugitives, ils ne perçoivent pas les autres membres de l’escadrille. Ils peuvent s’imaginer seuls dans le ciel, avec la lune pour unique compagnon de voyage, veillant sur le sommeil des hommes tourmentés.

Beaucoup plus loin dans l’espace, Mars en point de mire. La planète du dieu de la guerre veille-t-elle sur eux ? A une autre échelle de l’espace-temps, la constellation des Gémeaux et ses mondes inaccessibles aux interrogations humaines, laisse deviner ses soleils.

« Per ardua ad astra », la devise de la Royale Air Force, ne peut être plus accomplie :
« A travers les embûches, jusqu’aux étoiles ».

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