09 – L’attaque

Pauke !
Schräge Musik
Liézey

A la tête de son Gruppe, le III./NJG-5, le Hauptmann Paul Zorner poursuit sa traque. Presqu’une heure de vol depuis Mayence, dans un ciel vide. En réalité, à peine une vingtaine de minutes passées sur la piste des bombardiers.

Zorner est avide de ces combats de nuit dont il s’est fait une spécialité : pour l’instant, 43 victoires revendiquées. Aucune en plein jour. C’est un homme remarquablement intelligent ; une stratégie, efficace sur le plan militaire, lui permet de vaincre sans grand péril. Mais son triomphe n’emprunte rien à la gloire de Manfred Von Richthofen, son chevaleresque compatriote, dit le Baron Rouge, abattu en 1918.

Soudain, Kurt Bonow, assis à l’arrière du Messerschmitt, hurle dans la radio : « Pauke ! Pauke ! ». Ce cri de guerre indique qu’il vient d’accrocher un écho sur son écran radar. L’hallali a sonné. La poursuite s’engage. Il guide le pilote vers leur cible. Paul Zorner fait rugir ses deux moteurs Daimler Benz. Avec près de 3000 chevaux lancés à pleine puissance, le Bf 110 atteint 550 km/h, soit un avantage, en vitesse relative, de 230 km/h sur un bombardier lourd en vol stabilisé. A cette allure, ils ne tardent pas à rejoindre leur objectif. C’est un Lancaster de la R.A.F., matricule ND 825 AS – J2 du Squadron 166. Choisissent-ils de l’attaquer de front ou de le contourner ? Cette question n’est pas tranchée. Pourtant, étonnamment, il est peut-être encore possible de lui trouver une réponse : sur le relevé des missions de Bonow figure, en regard de chaque aéronef abattu, une référence de film, intrigante et inexpliquée. En l’occurrence « C. 2027/I Anerk : Nr.5 », suivie, à la même date, des « Nr.6 » et « Nr7 ».

Préférentiellement, l’attaque se fait par l’arrière. Les flammes s’échappant des moteurs permettent d’ajuster le tir à vue… Furtivement, le chasseur s’approche de sa proie. D’une rapide poussée sur le manche, Zorner lance son chasseur dans un piqué qui le place en dessous du plan de vol de son adversaire. Puis, mettant à profit l’accélération acquise, il entame une légère ressource qui l’amène en position de tir, dans l’angle mort du bombardier.

L’équipage allié ne l’a pas vu, ne peut pas le voir. Le Messerschmitt n’a pas à se risquer face à son adversaire : il est équipé de canons jumelés de 20 mm à tir oblique, les Schräge Musik (nom donné par Hitler à la musique de jazz américaine jugée déviante, comme le tir incliné de ces canons). Zorner ouvre le feu. Les rafales, dirigées à 30 ou 40° vers le haut, atteignent les réservoirs du Lancaster.

Louis Georgel, 24 ans en 1944, racontera que l’avion, se serait alors débarrassé d’une ou plusieurs bombes soufflantes (il n’est pas rare qu’un bombardier emporte, dans sa soute, un armement mixte ; dans ce cas, les bombes soufflantes, pesant quelques dizaines de livres, ne constituent alors qu’une faible proportion du tonnage total de munitions emportées). Les tuiles d’une ferme de Liézey, au lieu-dit Saucéfaing sont soufflées par l’explosion. Louis participera lui-même, les jours suivants, à la réparation de cette toiture.

La corrélation entre ces différents évènements paraît suffisamment forte pour fixer avec précision le lieu du combat aérien.

Le Nachtjäger suit sa victime. Des explosions se produisent à bord. Le pilote allemand allèguera que ces explosions sont responsables de la mort des occupants. Il ne dira pas s’il continuait à tirer. Aucun membre de l’équipage n’a le temps d’endosser son parachute. L’Avro Lancaster s’écrase 5 km plus loin, dans la vallée de la Vologne , aux Evelines. Nous sommes le vendredi 28 avril 1944, il est 1h20.

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