04 – Traversée de la France

Les windows
Les Vosges

Autour d’eux, la masse des forteresses volantes émet son cri, grave et régulier, de bête fantasmagorique. Ils ne l’entendent pas : les pulsations de leur propre machine envahissent l’espace sonore ; mais ils ressentent physiquement cette force colossale avec laquelle ils se confondent. Ils y placent leur espoir d’invincibilité. Au sol, les populations qui, chaque soir, écoutent ce lancinant chœur de guerre, y placent leurs espoirs de paix.

Ils survolent la Champagne, sans la voir mais sans encombre. Peut-être doivent-ils ce fragile espace de liberté aux « windows » dispersés en masse, par botte de deux milles, dans le ciel. Les windows sont des petites bandelettes d’aluminium de 30 cm de long sur 1.5 cm de large, découpées en fonction de la longueur d’onde des radars ennemis pour mieux les leurrer, en donnant sur leurs écrans un écho analogue à celui d’un engin volant.

Cette technique a été mise au point dans le plus grand secret aux Etats-Unis. Sachant que, dès qu’il en aurait connaissance, l’ennemi se lancerait immédiatement à la recherche d’une contre-mesure, son usage est retardé jusqu’au 15 juillet 1943, lorsque Winston Churchill, à la tête du cabinet de guerre britannique, décide qu’elle serait mise en œuvre pour le bombardement de Hambourg, qui sera déclenché le 28 juillet. Ce jour-là, au-delà de toutes les prévisions, les organisations défensives allemandes s’effondrent complètement. C’est une grande victoire militaire pour les Alliés ; une tragédie humaine pour les populations qui l’ont subie.

Minuit. L’Avro Lancaster arrive au pied des Vosges. La lune donne 28% de sa lumière ; suffisamment pour que le massif laisse deviner sa grande tache noire sur les plaines sombres. Quelques échancrures sur le ciel dévoilent discrètement ses ballons.

Extrême Sud de l’Allemagne, le pilote exécute une large courbe sur sa gauche pour prendre le cap Nord-Est le long de la frontière suisse.

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